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L'OURS

En ce moment au Lucernaire trois piéces de TCHEKOV, comédies en un acte.

Premier spectacle: UNE DEMANDE EN MARIAGE

Lomov veut épouser Natalia, sa voisine. Endimanché, fébrile, il se présente chez Tchouboukov,le père de celle ci. Tchoubokov, trop heureux de "caser" sa fille, la lui donne immédiatement et le fait venir pour qu'elle entende la demande de Lomov. Hélas la discussion entr les deux promis tourne mal et dégénère rapidement en disputes à propos de terres en partage, de chiens de chasse, de vieilles histoires de familles...

Comédie savoureuse, où la demande en mariage se transforme en un délire "tragi-comatique" sur l'hypocondrie. Car Lomov, est bien plus préoccupé de ses symptômes que de ses sentiments.
S'il veut épouser sa voisine, ce n'est ni par amour ni par raison, mais qu'il a 35 ans et qu'il a envie qu'une femme s'occupe de lui.

Son pauvre coeur et ses jambes ne le tiennent plus.
L'affrontement avec Natalia va le faire mourir sur scène, le temps d'un petit suspense pour nous, spectateurs enchantés de rire joyeux, devant cette mécanique désarticulée de l'amour que nous propose Tchekov.
Il y a dans cet affrontement intime, où l'on ne parle jamais d'amour mais de terres et de chiens de chasse, une excentricité jubilatoire, où l'absurdité du discours tient la vedette, magnifiquement servie par les comédiens Mathias CASARTELLI et Valérie Da Mota.

A travers ce couple improbable, Tchekov ne peut s'empêcher de nous décrire la Russie de  son époque et ses codes. Où les petits propiétaires terriens régnent en maîtres.
Enfin la noce aura bien lieu, au grand plaisir de père, trop heureux de se débarasser de sa fille.

Deuxième spectacle: TRAGEDIEN MALGRE LUI
Tolkatchev, père de famille, se présente chez son ami Mourachkine les bras chargés de paquet, visiblement épuisé. Tolkathev n'en peut plus, il demande à son ami de lui prête un révolver; pour en finir avec sa vie qui n'est q'un calvaire! Mourachkine refuse, mais accepte d'entendre les malheurs de son ami.

Ici point trop de rires.
La vie que mène Tolkachev est absurde. Faire des courses pour les uns et les autres, assister à d'ennuyeuses soirées, et entendre sa femme s'essayer à chanter des airs d'opéra à deux heures du matin.
Jamais de repos, jamais de satisfaction, jamais de reconnaisance.
Tchekov nous décrit là la vérité de son époque, où l'homme subissait sans cesse les humiliations d'une société qui bafouait les pauvres.
Au récit de ces anecdotes, on sourit parfois, mais le jeu de Mathias Casartelli, tout en inflexions de voix, en regards lointains, en pauses très fugaces qui montrent sa détresse, nous touche et réveille une émotion sans sensiblerie.
Il y a dans cette pièce un aveu d'impuissance.
Le silence s'impose en nous, empreint de mélancolie.

Troisième spectacle: l'OURS

Smirnov, homme mysogine, désagréable et grossier, vient réclamer à Elena, jeune veuve, l'argent que son mari lui devait. Elena refuse de payer Smirnov: "Je n'ai pas d'argent " dit-elle.
Smirnov, furieux, décide d'occuper le salon jusqu'à ce qu'on le rembourse.

l'Ours ou le triomphe de l'amour sur la raison, de la Vie sur la Mort, et de la passion qui fait s'incliner toutes les certitudes.
Cette dernière pièce offre un moment de sensualité et de grâce.

Les comédiens Michael Hallouin et Nathalie Veneau  sont jeunes , beaux et violents.           .
Encore une fois, chez Tchekov, l'amour nait d'un affrontement entre deux êtres. Dualité entre homme et femme, mais aussi dualité des pulsions qui rend cette pièce extrêmement moderne par son analyse aigue de la psychologie des personnages.

Ces trois petites "fantaisies" selon Tchekov, ne sont pas  des variations sur le couple, mais plutôt une étude psychologique de l'affrontement entre homme et femme, ou entre homme et homme comme dans "le tragédien malgré lui".
Aucun trait "vaudevillesque" dans ces comédies "apéritives" mais une reconstitution de la vie par le théâtre.
Dans ces trois textes on plonge dans l'intimité des coeurs, abandonnant avec allégresse les faux semblants de l'apparence.
La mise en scène très dépouillée de Christian Huitorel sert avec fidélité l'esprit de Tchekov et le talent des comédiens qui l'incarnent.

Nous laisserons donc la conclusion au metteur en scène.
"Il y a un texte, un texte qui doit être entendu. C'est là la priorité. A nous de le faire entendre, de le donner avec autant que possible, plaisir et justesse."

Rédigé le juillet 01, 2007 à 09:43 PM dans Thêatre | Lien permanent | Commentaires (0)

POKER(comédie de Jean Cassies)

POKER  Une comédie de Jean Cassiès

Avec Thérèse Liotard (Agathe); Sophie Barjac (Caroline); Gwénola de Luze (Béatrice)

Poker n'est pas une comédie sur le jeu comme l'annonce son titre, mais plutôt une comédie sur la Vie.
Comédie douce-amère pour ces trois femmes qui ont en  commun leur statut de divorcée et un enfant qu'elles laissent à leur mari tous les mercredis.
Trois femmes très différentes mais dont l'amitié met en relief un esprit caustique, et une grande envie de liberté jubilatoire.
Pourtant au jeu de la Vie, ces trois femmes se sont écorchées.
Ayant subi leur solitude, après avoir été trompées, elles sont frustrées, malheureuses, et ont des hommes une vision bien peu réjouissante.
Entre Agathe, plutôt coincée, et Béatrice si sensuelle, il y a Caroline la romantique, naïve et accroc à la chirurgie esthétique. Qu’elle explique par cette phrase:

" - Mon mari ne m'a pas trompée, pire il ne m'a jamais regardée."
Si pour Caroline il n'y a rien de pis que cette transparence, pour Agathe se pose le problème d'une liberté qui ne sert à rien, et d'un bonheur qui n'existe pas en dehors de l'amour exclusif qu'elle voue à sa fille.
Béatrice elle est plus calculatrice, et se retrouve à cause de son divorce dépossédée de sa situation sociale.
Servies par des dialogues très réussies et une écriture fine-qui arrive à nous faire sentir les failles de la relation entre homme et femme-, les trois comédiennes que sont Sophie Barjac(Caroline), Thérèse Liotard(Agathe) et

Gwénola de Luze( Béatrice) incarnent d'une façon drôle et touchante tous les états d'âme de leurs histoires.
Sensualité incendiaire, intellectualisation triste, ironie acerbe, tous les drames se confondent dans un même rire libérateur, entre deux rasades de Tequila et un paquet de cartes, qui n'intéresse pas vraiment les joueuses.
Bien sûr en amour comme au jeu, il faut mentir pour gagner. Et trop souvent le mensonge entraine la perte de soi.
Mais heureusement sous la plume de Jean Cassies, et avec le talent de  ces comédiennes, on rit. Pas jusqu'aux larmes mais on rit avec un pincement de cœur, et on se met à rêver que les mots de l'amitié feront merveille.
Et que ces trois femmes déboussolées ont pris la résolution de devenir libres, et de choisir leurs cartes, en oubliant le passé raté, et en croyant au bonheur à venir.
Un spectacle à voir absolument.

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Rédigé le avril 16, 2007 à 06:57 PM dans Thêatre | Lien permanent | Commentaires (3)

critique de "trahisons" de Pinter

Théatre Athénée-Louis Jouvet.
Mise en scène de Phillipe Lanton

Emma: Nathalie Richard
Jerry: Thibault de Montalembert
Robert: François Marthouret

Trahisons est une pièce d’Harold Pinter qui scrute les méandres du couple, à travers les mensonges de l’adultère.
Cette pièce toute en tension, en silence lourd de non-dits, est  plus proche de la tragédie que du classique vaudeville sur le mari, la femme et l’amant.
Balayant toute la gamme des sentiments, de l’indifférence (fausse) à la passion (illusoire) Pinter nous raconte une histoire d’adultère à rebours. Il explore d’une façon distanciée les « trahisons plurielles » entre les trois protagonistes. Emma (la femme) Jerry(l’amant) et Robert le mari.
Deux ans après leur rupture, Emma revoit son amant pour lui annoncer qu’elle va quitter son mari.
Dans ce milieu artistique londonien ( Jerry est agent littéraire, Robert éditeur, Emma tient une galerie d’art) à la fois contraint et libéré, on assiste à ces relations croisées entre amitié, culpabilité, et ivresse du désir.
Cette ambiguïté entre lâcheté de trahir et désir de posséder, entre le besoin de sauvegarder les apparences et l’impérieuse nécessité de la jouissance, est jouée d’une façon très physique par les comédiens.
Ils s’évitent, se frôlent, s’enlacent, s’embrassent dans une mise en scène très étrange qui met en valeur toutes leurs approches.
Phillipe Lanton, a choisi un espace très épuré, où le décor est suspendu. Canapés, comptoirs de bar, fauteuils, se balancent au dessus des acteurs, rendant le spectateur à la fois dérouté et inquiet.  Comme si les corps ne pouvaient se déplacer que dans le Vide.
Cette mise en scène des effleurements et du désir, fait naître  un certain voyeurisme du spectateur et nous fait participer à cette transe  qui rend le silence vivant et habité par tous les chatoiements du désir.
La musique aussi par sa puissance sonore intensifie cette électrisation des sens, et l’on se retrouve « -spectateur acteur » surpris par une tension qui serait à la fois jouissance et anxiété.
Nathalie Richard qui interprète Emma est extraordinaire de subtilité entre froideur apparente, tendresse conjugale et érotisme d’amante.
Thibault de  Montalemebert joue un « dandy » lisse et mondain, avant de laisser exprimer une sensualité  lascive, et un peu féline.
François Marthouret séduit par son apparence d’homme mur, viril et délicat, mais aussi inquiétant dans ses secrets.

Pièce sur la vulnérabilité, sur cet incessant aller retour entre ce que l’on donne à l’autre et ce qu’on abandonne de soi, Trahisons nous permet de percevoir les vibrations et les silences du cœur comme si eux seuls étaient vrais, et que les mots n’étaient que des mensonges pour habiller la nudité des âmes. 

Rédigé le décembre 05, 2006 à 10:01 AM dans Thêatre | Lien permanent | Commentaires (2)

Critique des "Beaux Jour Samuel Beckett

Théâtre du Vieux Colombier

Oh les beaux jours

Un désert à l'heure du zénith. Sous un ciel d'un bleu irréel, dans une lumière de fournaise, Winnie vit ses "derniers beaux jours". Prise au piège d'un sable de plus en plus mouvant, dont n'émerge plus que le visage et le cou, elle va se défendre avec ce qui reste toujours vivant en elle, et qu'on ne peut enfermer: ses souvenirs et ses mots.
L'histoire de Winnie et de son compagnon Willie(ils ont tous deux dépassé la cinquantaine) n'est pas celui d'un couple mais la radiographie de leurs mémoires, ce qui survit en elle, ce qui décline pour lui.

Le quotidien de Winnie se déroule selon un rituel immuable: la sonnerie stridente qui lui indique l'heure du réveil, puis à la fin de la journée l'heure du coucher.Entre ces deux sonneries, pour remplir toutes ces heures inutiles, Winnie répéte ses gestes d'autrefois qui sont restés ceux d'aujourd'hui: se brosser les dents, se regarder dans un miroir, se mettre un rouge à lèvres, sortir un mouchoir et le cacher dans son corsage: toutes ces choses qu'elle garde dans son sac- cadeau de Willie- comme autant de preuves d'existence.
Au début de la piéce Winnie s'adresse à son compagnon en disant:

"Je t'en prie mon chéri ne dors pas. Je pourrais avoir besoin de toi".
Il n'y a pas vraiment de dialogue entre eux, mais seulement des questions que Winnie pose, des souvenirs qu'elle raconte, des injonctions qu'elle tente qui sont parfois des supplications, parfois des reproches. Ceux ci lui permettent surtout de libérer les mots.

Pour échapper à ces moments"où les mots vous lâchent".
" Il y a des moments où même eux vous lâchent". Pas vrai Willie?
Les "Beaux Jours" n'est ce pas avant tout l'histoire de ces mots, de leur réminiscence, de leurs éclats, de leur conscience à travers la vie d'une femme? Ces mots qui la rendent vivante au seuil de cette mort tragique alors que l'ensevelissement dans le sable progresse chaque jour un peu plus.
Vivante c'est à dire présente à ce beau jour qui naît , à "ce don merveilleux".
Mais il y a quelque chose d'hypnotique dans cette longue incantation au jour, où l'évocation du bonheur est aussi celle de la douleur.
Les mots de la jeunesse qui croisent les maux de la vielliesse: la mort des plaisirs et en même temps les souvenirs galants qui les ressuscitent. Il nait de ce contraste une saveur inconnue, faite d'humour et de gravité.
A quoi servent ses yeux qui ne voient presque plus, ses oreilles qui n'entendent pas? A entendre le murmure des mots, à regarder l'intérieur de l'âme. Dans cette frange de l'être qui touche à l'intimité Catherine Sannie est magique. On voit passer dans son regard toutes les nuances de la joie et de la peine, on "voit" son sourire s'"ouvrir et se refermer" montrant le contentement ou la nostalgie. Même ses joues semblent faire de la musique et nous parler d'une insolence qui ne meurt pas(être libre de ses souvenirs heureux) de ses rencontres du passé où la séduction était essentielle.
Winnie "vit" chaque parcelle de sa peau, et ses expressions deviennent comme des mots de chair. Un parchemin où la tendresse nous touche, spectateurs émus et vibrants à leur tour.
Frédéric Wiseman joue lui un Willie un peu pitoyable. Comme s'il n'était déjà plus qu'une marionnette que la vie a quitté. Un personnage qu'il compose avec beaucoup d'humilité.

A travers cette histoire, Beckett nous raconte le monde "sans rien expliquer ni chercher à comprendre".
Un monde où l'on aime, on doute, on pense dans une  solitude à deux, où le réel et l'imaginaire se rejoignent dans la fiction théâtrale.

.

Catherine Sannie     Winnie

Frederic Wiseman    Willie

Rédigé le novembre 05, 2006 à 06:26 PM dans Thêatre | Lien permanent | Commentaires (5)

A propos de spectacles

Vu cette semaine au Guichet Montparnasse un spectacle très drôle, extrêmement bien joué et en même temps très instructif sur les mots et leurs délires.
C'est la Comédie des mots dits, qui se décompose en quatre petites pièces extraites de l'oeuvre de Jean tardieu.
" Ce que parler veut dire, ou"le patois des familles".
Observation pertinente et drôle des différents langages entre mari et femme, et comment celui ci change et devient adulte quand intervient une tierce personne: invité, voisin, ect.
" Eux seuls le savent" qui est une satire "insensé" de nos feuilletons télévisuels où tout est "ficelle" qui s'étire à l'infini pour ne pas dire grand chose.
"Le médecin et la mort" un petit garçon de huit ans écrit une pièce qu'il demande à ses parents d'interpréter. Fausse naiveté et imaginaire de l'enfance dansune "illusion" du monde des adultes d'une violence inouie. Cette petite pièce ne peut évidemment pas se résumer ni se raconter mais elle est d'une force stupéfiante.
"Un mot pour un autre" Le mari, la femme, la maîtresse... Situation vaudevillesque classique! Mais pas quand une  drôle de maladie atteint les personnages qui dialoguent avec naturel en utilisant un mot pour un autre!! ex: minute devient minette. Cascades de rires nous secouent comme des arbres  dans la tempête.

La mise en scène est de Frederic Gray et Celia Nogues

avec Jérémie Graine
Frédéric Gray
Sophie Kiremidian
Celia Nogues
Valérie Parisot.

Pour ceux qui veulent se faire un petit régal de mots, à déguster sans modération.

Rédigé le septembre 16, 2006 à 07:37 PM dans Thêatre | Lien permanent | Commentaires (1)

Post-it

Post-it, une comèdie de Carole Greep, à La Comédie-bastille.
Excellente comédie, d'une drolerie jubilatoire, foncièrement moderne et cruelle, qui fustige tout en même temps les hommes, l'amour, les femmes et la pseudo-amitié qui les lie.
Les 3 comédiennes : Aurélie Broquin, Juliette Galoisy, Fabienne Galloux sont excellentes, tout en contrastes, mais toutes trois aussi déjeantées, généreuses, grossières mais aussi tendres, très physiques dans leurs jeux.
Que ce soit au niveau des dialogues, extrêmement créatifs dans leur humour, ou dans la mise en scène-baroque et innatendue_ la piéce n'offrirait pas un tel bonheur sans le "génie" de ces actrices qui font de l'expression "ne pas se prendre au sérieux" un nouvel Art.
En finalité, une soirée explosive,  qui fait du bien au rire et au talent.

Place: 26 Euros mais comme c'est l'été une place sur deux est offerte.
Petit bémol: il fait horriblement chaud dans ce thêatre, alors prévoyez d'être très peu habillée.

Rédigé le août 03, 2006 à 10:12 AM dans Thêatre | Lien permanent | Commentaires (3)

La Soeur du Grec

La soeur du Grec   
Vaudeville d'                                                                                         au Théâtre Fontaine
Eric Delcourt

Mise en scène Jean Luc MOreau
Avec Nicolas Bienvenu
Audrey Dana
Eric Delcourt
Cyrille Eldin
Jean Fornerod
Sonia Mankai
Marie Montoya

                " Comment passer un réveillon tranquille quand on cherche un titre pour son bouquin, que sa compagne est au bord de l'explosion, qu'un couple prétend avoir loué le même appartement, qu'un ami psy arrive en pleine dépression et que votre maîtresse menace de débarquer?"

A partir de cet enchevêtrement de situations burlesques,  Eric Delcourt a écrit une comédie hilarante, jouée   par des actrices belles, drôles et pleines d'énergie. Les hommes ne sont pas en reste, bien qu'assez égratignés par leur compagnes. Ils frisent toujours le ridicule, se comportent comme des pantins loufoques, gesticulent comme des girouettes sans âme  .
                  Mais le propos de cette pièce n'est pas une réflexion sur le tragique, un débat langoureux sur l'amour , une satire psychologique ou philosophique des triangles amoureux.
La soeur du Grec se veut un divertissement , et à ce titre, il atteint son but: nous faire rire  , le plus souvent possible, et de très bon coeur.
Mise en scène endiablée, quiproquos incessants, dialogues désopilants, costumes décoiffants,  les spectateurs ont eux aussi l'impression de jouer la comédie, et c'est çà qui est assez époustouflant et rend cette comédie non seulement attachante mais nécessaire, pour cause de jubilation   anti-morosité.
On sort de là heureux, réjouis, affublés d'une douce folie qui continue   après le spectacle, nous donnant envie de se promener dans Paris, le coeur plus léger, et  de partager son enthousiasme avec d'autres pour leur faire goûter un peu de ce bonheur.
Je ne vous en dis pas plus, allez y.                            

Rédigé le mai 27, 2006 à 10:03 PM dans Thêatre | Lien permanent | Commentaires (1)

IVANOV

Ivanov est la première pièce de Tchekhov. Ecrite en 1887, l'action se situe dans un district de la Russie Centrale à la fin du  19 siècle. Elle met en scène des personnages de la bourgeoisie paysanne, petits propriétaires  terriens dont Tchekhov dresse un portrait impitoyable...
Il y dénonce leurs traditions de beuverie et d'hypocrisie, dans des dialogues satiriques ou cocasses où l'on sent se dessiner un antisémitisme haineux.
Face à ce milieu en "décrépitude" où l'avidité domine, Tchekhov oppose le portrait d'un homme sincère- Nicolas Alexevitch Ivanov.
Au commencement de la pièce, Ivanov a 35 ans. En proie à de grosses difficultés financières et personnelles (son épouse Anna Petrovna  est très malade) il nous apparaît tout de suite comme un homme perdu, recroquevillé sur lui même. Jean Philippe Ecoffey, interprète parfaitement, dans sa mollesse et son abandon physique le personnage : déprimé et déjà vaincu.
L'univers familial d'Ivanov semble touché par une grande morbidité. Comme si la culpabilité de celui ci, son ennui, son incapacité à se projeter dans l'avenir, sa résistance au présent, ne permettaient pas à la vie de s'arrêter là.
Sa femme se meurt, son oncle dépérit, et le médecin amoureux transi d'Anna a perdu à cause de lui toute illusion sur les hommes.
Ivanov, malgré son désespoir, semble très loin des héros romantiques du XIX siècle. Son indifférence devant la maladie de sa femme, sa façon de lui dire au cours de la conversation (le médecin m'a dit que tu allais mourir) nous fait  réagir  comme si il était un"Monstre".
Pour se distraire de son "ennui" il va tous les soirs chez les Lébédev, où la compagnie est plutôt superficielle. Mais la vraie raison de cette fréquentation  est que la fille des Lébédev Sacha est amoureuse de lui. Il se mariera avec elle lorsque sa femme sera morte.
La comédienne qui interpréte cette jeune fille passionnée Elisa Rozenknop est éblouissante de beauté et de vérité.
La pièce se déroule de façon chronologique et linéaire, mais le mérite du metteur en scène Franck Berthier est d'avoir su mêler à l'exploration individuelle des personnages, des petites scènes de la vie familiale chez les Lebedev qui viennent émousser la"tension" qui est induite par l'immobile souffrance d'Ivanov et de son "clan."
Un peu de chant, de danses, des conversations faussement impromptues, traduisent bien cette impression d'être au coeur de la vie. Au spectacle de tout un chacun. Ilots moins dramatiques qui s'avèrent essentiels pour "supporter" le reste.
Ivanov est donc une pièce très complexe qui nous fait réfléchir par sa violence contenue, nous interroge sur nous même, nous fait voyager à l'intérieur de notre conscience. Et l'on ne sort pas indemne de ce long moment de théâtre (2h20mn) désarçonnés par la fin de cette histoire qui avait si mal commencé pour Ivanov, et ne se terminera pas mieux.

Ivanov se joue au théâtre Sylvia Montfort.
Mise en scène: Franck Berthier.
Interprétes: Jean Philippe Ecoffey pour Ivanov.
                  Laurence Kervokian-Berthier pour Anna Petrovna( femme d'Ivanov)
                  Elsa Rozenknop pour Sacha.

Et Nadine Alari, Frank Berthier, Manon Connan, Ariane Dubillard, Catherine Ferri, Jacques Kalbache, François Lalande, Serge Lipsyc, Jean pierre POisson, Guillaume Rivoire.

Rédigé le avril 05, 2006 à 04:45 PM dans Thêatre | Lien permanent | Commentaires (2)

L' Acteur

1 Heure trente sur la scène nue.
Juste un homme qui marche de long en large, le front dégoulinant sous la lumière des spots, le regard ivre d'angoisse contenue.
Plus loin, la salle: ombres humaines prêtes à aimer ou à abattre. Il avait donné les premières notes d'un long monologue, avait laissé glisser quelques mots , leur avait donné leur une coloration absurde. Puis il avait entendu le silence et  les premiers rires.
Alors seulement, il commençait à vivre. Sa voix devenait l'ondulation de son âme, il n'était plus l'acteur mais   un dompteur de mots.
Il caressait l'espace de  ses sons magiques qui au delà de leurs sens communiquaient la vie. Il ne jouait pas la joie, ni la colère, ni la peur ou la souffrance. Il était tout celà. Le temps n'existait plus. Il ne savait pas s'il était là depuis une heure ou moins lui qui conversait maintenant avec l'éternité.
Devant les yeux d'un public transporté, abandonné, il était devenu l'homme immortel.
Sa voix cognait aux portes de l'âme, caressait ses femmes lascives aux seins rosis par la sueur et aux regards brillants de larmes.
A ces hommes et à ses femmes qui comme chaque soir l'applaudissaient, il avait offert une part de lui, dont il s'était dépossédé, mais il ne saurait jamais répondre à cette interrogation: Etait ce la part d'ombre ou de lumière?

Rédigé le février 18, 2006 à 01:45 PM dans Thêatre | Lien permanent | Commentaires (2)

Parole, parole

Critique de Parole, parole"récit de femme" de Dario Fo et Franca Rame. Interprété par Serena Reinaldi.

Parole-Parole n'est pas comme on pourrait le croire en voyant l'affiche d'une blonde piquante et échevelée ,un"one-woman-show" où l'on se dit qu'on va bien rire et se reconnaitre dans des portraits acidulés de femmes croquées au quotidien.
Parole-Parole c'est tout le contraire de cette comédie que l'on croyait trouver. Le rire on n'y goûte qu'au début. Dans le noir une femme parle  d'amour en jouant avec ses pieds- comme si c'était ses pieds qui parlaient d'elle-. Des remarques cocasses accompagnées de gestes osés pour imiter l'amour qu'on fait"sans le sentiment." Puis suit une histoire de poupée qui dit des gros mots et nous entraîne avec elle dans une chute outrée et délirante. On est un peu heurté par la vulgarité du propos mais bientôt le ton change. De comique il devient satirique et là commence une angoisse qui ne cessera de "monter" jusqu'à la fin. Odieuse, laminante, cruelle, vraie.
Entre temps on aura voyagé dans des situations absurdes mais où tout s'enchaîne- jusqu'à l'explosion des chaînes-. Serena Reinaldi traduit avec une énergie batailleuse toutes ces émotions  de la peur à la révolte, nous laissant juste une petite halte pour le vrai plaisir et la tendresse partagée.
Femme unique de tous ces hommes fantômes qu'elle nous raconte, elle nous promène dans un univers baroque où l'on joue plus avec la fragilité qu'avec la séduction. Sa voix sensuelle à la fougue bien italienne nous fait glisser de la fausse frivolité au vrai désespoir.
Derrière la verdeur des propos surgit une émotion intense, qui brise le coeur et retient le rire au fond de la gorge.
La fin est cruelle et bouleversante comme Serena Reinaldi qui nous la raconte. Changement de style, de voix, d'apparence on est avec une actrice qui ne joue pas. Mais une femme qui dit vrai comme cette histoire dont on voudrait qu'elle ne le soit pas.

Rédigé le novembre 27, 2005 à 11:08 PM dans Thêatre | Lien permanent | Commentaires (5)

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