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Extrait de mon roman "hotel des libellules"

Les heures étaient passées comme elle les avait imaginées. Elle avait pris ici et là, quelques bonheurs épars ; quelques bribes de conversation, quelques sourires. Et tous ces regards d’homme qui s’arrêtaient sur elle, cherchant à deviner ses seins sous son pull ajouré, ou s’étonnant de ses yeux verts d’amande amère, quand ils ne suivaient pas ses jambes de danseuse. Sa sensualité et sa jeunesse faisaient d’elle un objet de convoitise qu’elle ne refusait pas d’être.
Elle acceptait les compliments, les soupirs, les remarques un peu guerrières tant que cela ne la salissait pas. Comme Steeve l’avait fait. Derrière ce visage  innocent et ce regard qui l’avait attirée- d’une transparence un peu liquide- il y avait un monstre de perversité. Il l’avait prise comme un voleur, avec la violence de la haine collée aux gestes du désir. C’était comme si sa nudité ne lui avait pas suffi. Elle sentait qu’il voulait autre chose que son corps ; il voulait briser ses secrets, écarter ses remparts, écarteler sa pudeur. Comme aiguillonné par une jalousie infernale. Comme s’il voulait défaire les étreintes qu’elle avait eues avant lui. Comme s’il cherchait à être le premier amant et le dernier. Ils ne s’étaient pas parlés mais elle  l’avait ressenti dans la folie qui traversait ses yeux. Mais elle avait compris aussi qu’il y avait un animal blessé par une meurtrissure d’amour qui électrisait sa peau et c’est ce qui l’avait touchée bien plus que le plaisir.
Steeve l’avait faite jouir de son désespoir à lui : c’était ses propres cris  qu’il lui avait arrachées, c’était lui qui était venu mourir dans sa jouissance.
Si cette femme n’était pas  arrivée- sans doute sa compagne de folie- il se serait couché sur son ventre comme un enfant.
C’était ce geste qu’il n’avait pas fait, c’était ce geste dont elle se sentait privée qui avait traversé ses pensées toute cette après-midi, percutant son bonheur d’instants immédiats, faciles, reconnus.
Ses petits plaisirs à elle . Elle avait dégusté ses  huîtres avec son pain noir beurré et son vinaigre à l’échalote. Au bar du marché, elle s’était retrouvée avec les pêcheurs au visage cuivré, les cheveux blanchis trop tôt, les yeux bleus plissés de soleil et de mer. Elle avait partagé cette fraternité même si elle ne faisait pas partie  des leurs. Parce que la mer lui parlait toujours à travers les hommes.
Au Restaurant de la Plage elle s’était allongée sur un transat, offrant son visage à un soleil frileux. Elle s’était laissée caressée par le vent, elle avait bu l’odeur du large, elle s’était coulée dans une paresse minérale mais elle n’avait pas oublié.  C’était comme si sa peau gardait son odeur, que son corps se tendait sans cesse au souvenir de son sexe  raidi. Le plaisir qu’elle avait éprouvé  ouvrait une  autre blessure, une béance  inhabitée de l’enfant qu’elle n’avait pas eue. Etrangement Steeve avait réveillé son désir d’enfant, entraînant avec son désir de femme son instinct de mère. Toute l’après-midi elle n’avait plus pensé qu’à cela : l’envie qu’elle avait de lui, le manque, le désir, son désir d’enfant  et tout cela avait fait comme une boule de feu dans sa tête. Elle s’était explosée de vide. Elle s’était  sentie aspirée dans le gouffre du Rien. Sans lui. Sans toi. Elle se sentait prête à lui murmurer des mots d’amour. L’angoisse l’empêchait maintenant de respirer. Elle sentait le silence bourdonner dans ses oreilles, son sang amplifier sa pression, son cœur battre la démesure. Mais où était Steeve en ce moment ? Peut-être était il reparti ? Peut-être ne pensait il plus à elle ? Peut-être était il reparti avec cette femme dont le souvenir lui donnait la nausée ? Peut-être que tout çà était un jeu pervers  qu’ils avaient programmé ensemble et dont elle était la victime ?
Mais déjà ces questions faisaient partie du passé. Ce qu’elle voulait maintenant c’était le retrouver. Le retrouver ailleurs que dans cette chambre, par exemple l’embrasser dans la rue , se coller contre lui, comme le faisaient ces adolescents qui ne baisaient pas encore ensemble.
Oui, elle voulait retrouver en elle l’adolescente qui avait aimé Phillipe sans avoir encore joui.
Elle aurait voulu être cette femme muse qui fait briller les étoiles dans son regard d’amante.
Cette femme tout en lumière et en ombres, adorée, transportée, vénérée. Cette femme chimère  qui s’échappe sans cesse, et donne dans ses baisers des poussières de ciel.
Steeve : Surpris
               Transi
               Equivoque
Pour lui elle ferait jouer les mots, enchâsserait les souvenirs, lui offrirait une nouvelle enfance. Son ivresse était violente. Entre l’euphorie et les larmes. Elle était triste de rentrer à Paris. Avec Phillipe elle redeviendrait banale. Rangée, bourgeoise, sans surprises. Sans rêves. Ici il lui restait encore l’envie d’une utopie. L’apr ès-midi s’achevait.  Le vent devenait froid .Elle rentrait comme une automate  à l’hôtel. Elle  traversa le bar  quand son regard lui fit tourner la tête. Il était assis dans le même fauteuil que la première fois , les  jambes allongées devant lui, les bras posés sur les accoudoirs . Mais à la nonchalance avait succédée une crispation dans sa posture. Il était assis sur le bord du fauteuil, prêt à bondir. Son visage s’était creusé, ses yeux étaient cernés. Leurs regards plongeaient dans leurs âmes comme des épées de chair. Il se leva, la prit dans ses bras  et lui dit tout doucement d’un souffle qui allait perdre vie : - «  Je vous attendais ».

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Rédigé le février 06, 2008 à 10:31 PM dans roman | Lien permanent | Commentaires (2)

Lettre

Extrait d'un de mes romans comme toujours inachevé.
Le personnage auquel l'héroine écrit est comédien. Cette lettre comme toutes les autres est imaginaire.
                         

                                    Cher Jordan

Ma chatte Heloise dort à mes pieds, douce comme du satin, rousse comme un soleil d'automne. Je j'ai caressée longtemps. J'aime son ronronnement dans le silence. J'aime sa présence, son indépendance, sa façon de danser dans l'espace, sa souplesse, sa rondeur.
Dans ses yeux jaunes, je lis parfois une certaine ferveur comme si elle connaissait des secrets de sainteté.
Si elle avait été une demoiselle, nous aurions écrit des poèmes ensemble.
Nous aurons eu des mots légers et sauvages sur le temps et sur les hommes, sur le vent et sur vous.
Elle a miaulé tout à l'heure quand j'essayais de lui dépeindre votre visage. Le menton arrondi des lunaires, les pomettes saillantes des anxieux, les lèvres fines de penseurs. J'ai gardé pour la fin vos yeux bleus si clairs qui marient la lumière avec intensité.
Aujourd'hui j'ai regardé Paris pour vous. Marcher dans l'automne naissant, quelle étrange émotion.! La lumière tremble. Le ciel est froissé de blanc, la terre est ocre. J'aime le bruit des feuilles mortes sous mes pas et cette tiédeur de l'air. La ville est apaisée. Le temps s'arrête de longues minutes. Le vent me caresse. C'est l'Instant du Bonheur. La légèreté. Un soleil éclaté dans vos paupières, si vous y pressez et retirez vos doigts très vite. Je vous l'offre. Pour que vous rêviez aussi, pour que vous connaissiez l'enfance éternelle, celle qui guide nos pas vers le plaisir d'exister, vers l'absence de culpabilité, vers le refus du malheur. Cela s'appelle l'insouciance, l'inconscience, l'innocence mais quelle joie!
Vous voyez, je ne voyage qu'à l'intérieur des  sentiments. Je suis une aventurière de l'Ame. La votre quand vous jouez c'est un peu de Dieu.! Et puis sur une scène, il y a vos yeux qui font l'amour à toutes ces femmes venues vous applaudir et je me dis quelle jouissance de se sentir aimée ainsi sans discernement. Puis j'entends votre voix. Etrange frisson. Des sons qui riment sans musique dans une salle noire où le silence vibre de cent souffles retenues. La nuit appartient aux anges. Je sens leurs ailes qui froissent l'air comme des pétales de pluie. Vous brillez de sueur, de douleur, d'amertume ou d'espoir.
Votre présence, votre sourire, je les écoute. Les mots viennent après. Vous leur donnez un corps, une intelligence, un éclat et ils vivent. Tantot ombres, tantôt reflets, tantôt couleurs ou noirs soleils. Ils nous accompagnent longtemps comme s'ils étaient notre mémoire.
Le thêatre n'est pas tout. Quand vous n'êtes pas son interpréte, quel homme êtes vous? Quel amant? Quelles femmes aimez vous? Comment puis je vous séduire?
Je m'offrirais à vous devant un grand miroir.Je dessinerais sur votre peau avec les ongles de ma fantaisie.Je vous ferais embrasser le parfum sur ma gorge, je glisserais mes doigts dans vos cheveux et je m'endormirais la nuit dans un baiser. Pour retrouver les contes de mon enfance. Les princesses gracieuses et chastes aux longs cheveux d'or et à la bouche vermeille.
Je crois que je passerais toute la nuit à vous raconter ma vie. Pourtant il faut que je dorme. Mais l'angoisse m'attend et le sommeil s'éloigne. Il y a quelques mauvaises palpitations dans ma poitrine. Mon imagination décime les colombes noires des peurs enfantines. Mon ventre se creuse de mal-être. Alors j'écris encore pour trouver les clefs de ma prison. Des poèmes, des chansons, quelques portraits. Puis je m'endors couchée sur mon papier, le stylo dans ma main.
Quand je me réveille j'ai tout de suite envie d'être debout, de marcher en respirant la fraîcheur du matin.
Ecouter tous les bruits de la vie.
Enfin mon cher Jordan, je ne vous assomerais pas avec tous les détails sans intérêt de mon quotidien.
Je vous dis aurevoir maintenant sur quelques notes de la Flute enchantée, année Mozart oblige.

Rédigé le mai 22, 2006 à 07:35 PM dans roman | Lien permanent | Commentaires (4)

Martin(suite)

Ce soir était la dernière séance de l'année et il ne savait comment leur dire qu'il avait décidé d'arrêter son"atelier d'écriture" pour se consacrer au thêatre.
Etre auteur ou acteur de lui même. Cela faisait 20 ans qu'il enseignait aux autres une méthode qu'il avait lui même créé. Il avait transmis à d'autres hommes cette "foi" dans les mots qui était une matière vivante qui ne peut être modelée. Au contraire, c'était les mots qui imposaient leur volonté et leur éclat. Dans la plus grande désobéissance.
Peut-être que maintenant tout cela le dépassait. Il ne cherchait plus la reconnaissance des autres mais la sienne. Ne plus fuir les miroirs. Ne pas se mentir éternellement dans le regard flatteur de toutes ces "groupies" qui voyaient en lui un maître et non un homme.
Un homme plutôt laid, chauve, mal fagôté et dont la prostate commençait à gonfler.
Bientôt il allait tomber de son piedestal, et les mots qu'il allait prononcer pour expliquer cela, lui restaient dans la gorge. Il était haletant. La bouche asséchée par ce silence qu'il lui fallait briser. C'est le moment qu'il choisit pour aller prendre les bouteilles de Champagne à la cuisine, et les poser sur la table. Avec de vrais verres pour boire ensemble une dernière fois.
" Clara, Odile, Angela, Chloe, je suis très triste ce soir. De vous abandonner, vous qui m'avez aidé à vivre. Par votre présence. Nous avons passé ensemble des moments heureux et sincères. Nous avons joué de nos "mois" avec une liberté originelle car chacun a sa définition et sa mesure de la liberté. Nous nous sommes beaucoup amusés de ces jeux de papier, où l'on changeait de rôle, d'identité ou d'époque. Pourtant il n'y a rien de plus sérieux que l'écriture. Elle est à la fois la trace de votre mémoire et le souffle de votre présent. Le style est un parfum inimitable qui suscite d'étranges désirs. Comme ces rêves du matin dont on garde le souvenir, mélange d'angoisse et de plaisir. D'ailleurs vous avez nourri ces rêves et je ne saurais rester sans nouvelles de vous. Je veux que vous m'écriviez  cette absence, ce temps qui nous sépare, mais que vous  allez continuer à habiller de vos désirs. Votre féminité souveraine, je veux  en rester le témoin.
Déroulez pour moi le drapeau de vos fantasmes. de vos gloires, de vos défaîtes. Votre solitude, votre plénitude, je veux y participer à travers l'infini certitude des mots."
Martin avait pris un mouchoir pour s'éponger les joues. Les cernes s'étaient creusées et accusaient la fatigue du regard et sa tristesse.
Alors Clara eut envie de rire. Un rire incontrôlable comme un hoquet. Chloe se replia sur elle même enserrant ses genoux entre ses mains, Angela alluma une cigarette et regarda Martin.
Elle le regardait comme si elle voyait en face d'elle ce vide et cet espace d'ombre dont il ne parlait jamais. Elle avait envie de mettre ses mains dans les siennes, mais elle ne les aimait pas. Elles étaient trapues et moites. Avec des ongles rongés recouverts de peaux sales. Elle les voyait comme des mains de chagrin, avec un passé plein d'histoires.
Elle l'avait toujours su, sans jamais se l'avouer, Martin avait les mains et le regard de son père. Cette même lueur jaune, métallique, inquiétante.
Elle ne devait pas avoir peur de Martin, elle devait lui pardonner. Quoi? Elle ne le savait pas.
Par la fenêtre ouverte Martin écoutait la rumeur de l'été. Des bribes de voix, des rires, des bruits de pas. Et quelque chose d'immobile et d'étouffant: la chaleur.
Comme si les ailes d'un oiseau géant avaient enserrés la ville. L'oiseau noir et rapace rongeait son coeur.
Il connaissait bien ces moments d'effroi lyrique. Il se sentait prêt à accepter ses délires. Il alla vers la table, se servit un verre de champagne. Il avait envie de se remplir.
Cette soirée s'achevait, l'achevait. Il sentait le vertige de l'alcool, qui rendait son corps mou. Une vacuité flasque, c'était l'image qu'il se faisait de son corps. Miroir de son dégoût.
Mais les mots encore une fois le sauveraient. Ils lui permettraient de rester debout un instant, le temps de dire aurevoir dignement à toutes ces femmes dépitées.
Il embrassa chacune d'elles, les serra dans ses bras, huma leur parfum, tressaillit à leur peau, se mêla à leur haleine.
Puis comme il lui arrivait parfois il s'assit sur le canapé et s'enfonça dans un étrange sommeil.
Il se réveilla seul, vers 1 heure du matin.
Sa cuisine était rangée. Le buffet du salon était vide. Elles avaient tout nettoyé, jeté à la poubelle les derniers restes de cette fête ratée.
" Merde, j'ai envie de pisser".
Il se dit çà à haute voix, puis retourna se coucher dans son lit.
Il ne pensait plus, il ronflait. Comme à son habitude. Ce qui l'empêchait de dormir avec une femme, depuis qu'Ornella l'avait quitté. Depuis que son fils avait 6ans. Aujourd'hui il en avait 17.
Il avait au moins réussi cela.
Et la vie continuait. La vie. Sa vie!

Rédigé le mai 06, 2006 à 10:27 PM dans roman | Lien permanent | Commentaires (1)

MARTIN

La sonnette n'arrêtait pas de retentir en cette soirée de début d'été chez Martin Priman. On était un lundi et comme tous les lundi c'était la fête au 2ème étage du 33 rue Didot.
Les "habituées" et parfois une femme inconnue amenée là par une amie,  venaient  se mêler à ce festin improvisé de mets et de mots que Martin avait goûlument préparé.
Le principe était que tout le monde participât à la fête. Martin dressait sur la table une nappe de papier, des gobelets en plastique, des assiettes et des couverts achetés au Prisunic du coin, et les invités amenaient de quoi manger ou boire selon leurs goûts.
Odile apportait de gros  gâteaux au chocolat, Chloe des bouteilles de cidre, Clara-qui avait les moyens- des tartes salées de chez Flo, et Angela du Parme de chez son boucher(très rennomé).
Martin lui, préparait le pain, les fromages, le vin qui changeaient au fil de ses voyages.
Tantôt il en ramenait des saveurs fortes-comme un Pont-l'Eveque déliquescent, qu'il associait à un Rivesaltes de Perpignan. Mais parfois ses voyages l'emmenaient dans les Iles, d'où il revenait chargé d'Ananas nains et de bananes confites.
Plutôt gourmand, mais aussi goinfre, Martin était plutôt gros. Une grosseur qu'il cachait sous des pulls trop larges, parfois troués. Autre particularité: il recevait les gens en savate et refusait qu'on portât des chaussures.
Pourtant cette apparence négligée, si parfaitement mariée au désordre de son appartement où séjournaient comme seuls habitants des livres et des chaises, donnaient à son acceuil une convivialité inoubliable. Où chacun semblait revenir à son état naturel. Laissant à sa porte toutes les obligations, l'abandon des convenances, l'angoisse "du timing",  la grise mine des patrons comme l'alignement morne des facades.
Sur la moquette du salon, Angela se sentait devenir une plante verte et s'abandonnait à sa lascivité végètale. Clara oubliait le pouvoir de l'argent, Odile ses confusions sentimentales; Chloe s'étirait et s'étirait comme si elle pouvait récupérer les quelques centimètres qui lui avaient manqué pour être une jolie pousse de femme.
Ce milieu particulier"de végétal humain" nourissait une rumeur animale dont Martin était la première victime.
Ce soir il était encore plus excité par cette abondance luxurieuse d'odeurs, que la chaleur de l'été traversait d'une sensualité poreuse. Toutes ces femmes autour de lui. Son regard allait de l'une à l'autre, et il les désirait toutes. Seins, ventres, cuisses s'étalaient dans le creuset de ses fantasmes.
Pourtant, il gardait cette apparence bonhomme qui faisait de lui un ami, un confident.
Une fois les séances d'écriture achevées, commençaient les"apartés" auxquels le soir donnait un caractère plus intime.
Ces femmes qui parlaient en chuchotant n'attendaient depas de lui une réponse précise. Elles venaient juste partager ces vibrations cristallines qui pouvaient se vivre dans le quotidien.
Elles se racontaient en pointillés- portraits tissés de silence et de pauses.
Il y avait dans leur regard un air d'abandon dans lequel il se sentait heureux.

Rédigé le mai 06, 2006 à 09:32 PM dans roman | Lien permanent | Commentaires (0)

Lettre d'Etienne à Christian

Cette lettre est tirée d'un roman en cours. Christian 50 ans tombe amoureux d'Etienne 23 ans. Christian vit sa premiére aventure homosexuelle qui se révèle pour lui être une passion. Il est marié et a deux enfants. Il rencontre Etienne dans un restaurant. Leur rencontre aboutit à une relation physique qui est pour Christian un bouleversement. Etienne lui est homosexuel et aussi hétéro. Il est l'iniateur de ces plaisirs nouveaux pour Christian. Cette lettre qu'il écrit se situe quelques jours aprés cette première et seule rencontre charnelle.

Cher Christian

Me permettez vous ce vouvoiement? Même si une intimité nous lie, c'est surtout de respect que je veux vous parler. J'ai bien lu dans votre regard du désir. Mais aussi de la peur. Celle d'aimer autant que celle ne pas l'être en retour. Vous m'aimez Christian et moi je ne pourrais jamais dire oui à votre attente. Ne prenez pas cela pour un reniement de ma part mais pour un acte de sincérité qui vous honore. Pourquoi vous faire souffrir? Je sais que pour vous c'est la première fois.
Pourquoi moi? Le hasard d'une vie trop bien réglée? Ou simplement un regard qui vous interpelle, éveille des souvenirs ou vous fait accoster dans un sentiment inconnu, où même vos rêves ne vous avaient jamais emmené. Vous devenez un autre. Vous n'avez plus ni libre arbitre ni liberté. Vous tremblez, vous vous êtes déjà abandonné, alors que l'autre n'a pas encore posé la main sur vous. C'est l'odeur d'une peau qui vous guide et vous n'y pouvez rien.
Vous m'avez téléphoné l'autre soir pour que l'on se revoie. Bien sûr vous avez attendu et espéré que ce soit moi qui vous appelle.Que j'exprime envers vous un désir ou une reconnaissance qui sont comme une main tendue vers les vôtres. Que j'offre le miroir à vos reflets. Que je vous confirme qu'on n'a pas fait l'amour par hasard, mais que la rencontre de nos corps était bien le début d'une histoire. Une histoire d'amour. Non  Christian,  c'est impossible. Je ne connais avec les hommes que des histoires de domination ou de souffrance. Je vous ai paru peut-être plein d'asssurance, doué pour plaire aux hommes ou aux femmes.  J'ai commencé ma vie sexuelle avec une fille de mon âge. Nous avions seize ans et pendant cinq ans je lui ai fait vivre mon dégoût d'être aimé, mon impossiblité à être fidèle, où le besoin de détruire ce que j'aime, l'envie d'aventure extrêmes et la drogue ont été mes compagnes.
Changer un monde que je trouvais absurde en cotoyant une folie qui l'était plus encore. Ne pas vouloir être comme les autres. Vivre entouré de cendres et de mépris. Vivre avec la mort en tête, le cerveau prêt à exploser comme avec la balle d'un révolver qu'on ne sait pas tenir.
C'est mon passé que je vous raconte là mais il est encore si proche. Quand même je serais le plus banal des adolescents qui hantent Paris l'été avec leurs jeans troués, leur tee-shirts moulants, et leurs biceps frétillants, je garderais dans mon coeur cette haine qui tue toute innocence.
Bien sûr vous allez dire que je ne vous montre que le côté sombre de mon personnage. Qu'il y a aussi un homme qui rêve, invente des étoiles, regarde  vers le soleil, voudrait plonger nu dans l'océan.
Un homme qui serait heureux et et en paix. Celui qui existe parfois dans la solitude, un livre la main ou écoutant la musique d'un piano pour bercer son coeur. Dans toute création, n'y a t'il pas la sagesse et la folie réconciliée?
Je ne peux vivre sans cette vibration où résonne un peu d'éternité, celle qui donne du talent à nos respirations trop brèves. De combien de vos gestes êtes vous conscients  ? Combien de cigarettes fumées sans aucun goût? Combien de bonjours qui restent sans rappel, combien de gens qui vous frôlent et resteront toujours inconnus? Et que penser de la pauvreté de nos conversations? Combien de fois par jours sommes nous vivants?
Ah mon cher Christian, je vous ai offert ce que je pouvais: un bouquet de pensées? Elle sont peut-être le reflet de vos caresses.
Je vous ai touché .  Vous aussi même si ce n'était qu'un effleurement. Ne soyez pas triste.  Avec ou sans moi la vie continue.  Nous ne sommes que les jouets de nos sentiments.  Nous vivons de nos mensonges. Gardez le mien comme un espoir ou un hasard. Je ne vous oublierais pas.

                                                                                    Etienne.

Rédigé le novembre 26, 2005 à 09:50 PM dans roman | Lien permanent | Commentaires (13)

Hotel des Libellules IX

                                                                                                  20 Novembre  2005

ARIK

Je n’ai plus de nouvelles de vous. Je suis restée moi  même silencieuse,plus occupée de mon secret que de répondre à vos jeux de gamin irresponsable.
J’ai donc fait le choix de lire vos  deux lettres et de ne pas vous répondre.
Ce fut une certitude.
Je n’avais pas peur de vous perdre puisque vous n’étiez RIEN. Ou le masque du Diable ou le faux-semblant de l’Humain.
J’ai malgré tout ressenti de la tristesse en vous lisant. Pas pour moi mais pour vous. Sans vous aimer j’ai toujours  considéré   votre beauté  comme un talent devant laquelle je pouvais m’incliner. La beauté me touche chez les humains comme dans une œuvre d’art. Il y avait dans votre apparence une langueur et une  fluidité qui ravivaient dans mon regard cette envie de perfection quand le masculin et le féminin sont réunis dans une seule personne. Quelque chose de troublant qui expliquerait peut-être  l’instabilité de votre comportement et l’incohérence de vos actes.
Votre folie ne m’a jamais prise dans ses rets. Cette désespérance grimaçante,   cet égocentrisme désabusé, cette perversion feinte ne m’auront pas donné envie d’être votre compagne.
Vous cherchez à faire souffrir et non à aimer. Vous imposez aux autres le drame.

Mais vous le faites comme un comédien dénué d’âme. Au lieu d’avoir hérité de la jouissance d’émouvoir vous avez reçu  en offrande la solitude que vous distillez aux autres comme un poison. Ainsi  votre séduction se clôt sur les murs d’une prison.
Pauvre Cécile qui doit supporter vos vices et vos mensonges. Pauvre Anne qui a choisi par amour pour vous le chemin de l’ombre et la volupté interdite.
Mais bon, vivez comme il vous semble. Ressemblez vous et peut-être arracherez  vous quelques miettes de bonheur. ?
Moi, le bonheur je l’ai tout entier. Si vous saviez ce sentiment inouï d’entendre battre le cœur  d’un être qui n’existe qu’en vous. Le stéthoscope  posé sur votre ventre

Il y a  ce bruit qui cogne dans votre sang- toc-toc-toc, le  bruit de la création du monde. Arik ce bruit qui m’emplit. L’amplitude de la vie à naître qui a mis fin à ce vide en moi que personne n’a pu combler. J’ai donc choisi ce que mon corps me demandait : garder mon enfant.
Le plus dur était à venir : expliquer à Phillipe notre rencontre et cet enfant qu’il avait toujours refusé d’avoir. Je lui ai dit tout de suite qu’il pouvait ne pas accepter cette situation et me quitter. Je n’avais pas peur de cela mais seulement de sa violence.
Heureusement il ne le fut qu’en paroles et je ne vais pas vous raconter ici les paroles d’un homme blessé, hébété qu’on puisse exister sans lui  après dix ans d’intimité quotidienne. J’ai laissé le temps glisser entre nous, je suis allée quelques jours chez Jennifer  ma meilleure amie. J’ai partagé son grand lit de célibataire, parlé tout mon saoul, ri et pleuré, enveloppée dans sa tendresse comme dans un manteau où le malheur et le froid ne peuvent vous atteindre.
Puis je suis retournée chez moi, sereine avec l’envie de retrouver un homme différent. Je le voulais plus vulnérable touché par une souffrance qui n’était pas seulement celle de l’amour-propre. J’ai vu un homme malheureux, amaigri, pas rasé que le chagrin et la défaite avaient rendus hâve.

-«  J’ai besoin de toi Isabelle. On continue. Ensemble. »

Alors je l’ai pris dans mes bras, j’ai respiré son odeur, caressé ses larmes. Et j’ai pensé que je pouvais recommencer à l’aimer.
Nous avions mûri, cette enfant nous rapprochait, une nouvelle histoire commençait avec lui. Mais vous restiez Arik, hors du champ, hors du couple. Seulement un accident du Hasard.


Arik chacun de nous a repris sa liberté. Mais je veux que vous sachiez. Que j’ai gardé cet enfant pour Mon Bonheur, mais j’aurais l’impression de vous voler si je restais silencieuse.
Je considère que ce jeu épistolaire était un prétexte pour me quitter. Ainsi vous m’enlevez le remords de ne pas partager avec vous ce qui aurait pu être notre Histoire. Notre enfant.
Je ne peux que vous souhaiter d’être aussi Heureux un jour.

Isabelle.

Rédigé le novembre 21, 2005 à 10:35 PM dans roman | Lien permanent | Commentaires (3)

Hôtel des libellules VIII

Mon  cher  Arik 

Enfin c’est l’automne . L’or craque sous nos pas, les feuilles volent, le ciel bascule dans la nuit à l’heure où on prend le thé. Le cœur tressaille, les angoisses se fondent dans des nuages opaques qui éloignent nos regards. Il n’y a plus d’aérien mais seulement du terrestre. J’ai rangé la légèreté dans   un placard d’été avec ma robe de coton.  Je sens le bonheur s’éloigner de moi, comme vous en ce moment mais je m’en fous un peu.
Peut-on aimer quelqu’un qui ne vous offre de lui qu’une image abusée ?  Plaisir, alcool, cigarettes, regards de désespoirs, pensées torturées, crispations  soudaines puis des  silences qui ne signifient rien. Je vous parle et vous ne m’entendez pas. Et quand vous me parlez à votre tour, pas de moi mais de Cécile, il y a quelque chose de mauvais dans votre visage, un sourire qui grimace, vos mâchoires qui se creusent. J’ai l’impression qu’à ce moment là vous êtes prêt à frapper. J’entends les coups à mon oreille et j’ai peur. J’ai peur de votre violence animale, de votre folie étrange. Ces éclats qui traversent vos yeux. Votre voix qui descend très bas, et puis tout à coup devient un cri. Et le pire pour moi, votre refus de livrer un peu de votre vie. Pourquoi tant de secrets sur votre travail ? Pourquoi refusez vous obstinément de parler de votre enfance. Je ne sais même pas si vous avez des parents, des frères, des sœurs ?
On dirait qu’il n’y a que Vous en Vous. Vous exposez brillement vos idées sur cette société « dont les maîtres sont morts » ce qui vous laisse toute liberté pour critiquer les vivants. Vous jouez de la musique comme de la philosophie, dans une solitude  agacée, avec le seul souhait de n’être compris par personne. Peut-être que votre intelligence m’épuise. Et puis j’en ai assez de vos numéros  d’ivresse, assez de vos cafés sinistres, assez de vos draps encore imprégnés de l’odeur d’une autre.
Ce soir je ne viendrais pas  à notre rendez-vous.  Vous ne le savez pas encore, mais quand vous aurez reçu cette lettre, vous serez libre de briller pour une autre. Femme objet soumise,bourgeoise élégante et mariée ou demoiselle  encore vierge.
J’ai cru vous aimer dans cette folie du désir   à laquelle on ne résiste pas. Simple instinct  de survie ? Ou accouplement de nos hormones ? Un instant, pour vous, j’ai voulu oublier le passé. Aimer le présent avec vous pour en espérer l’avenir. Mais je n’ai rencontré aucune générosité de votre part, aucun appétit pour le bonheur simple comme celui de marcher le long d’un quai, s’arrêter pour regarder l’autre, lui donner la main. Vous marchiez toujours devant moi. Incapable d’un moment de repos ou de rêverie. Comme animé d’une perpétuelle inquiétude.
Je ne peux rien pour vous Arik.  Comme je vous l’ai dit  l’autre fois «  j’aime  les hommes qui souffrent »  mais vous vous êtes une race à part. Vous ne souffrez que pour vous-même, la compassion ne peut vous atteindre. Vous jugez vos semblables et vous les condamnez. Votre intelligence est sans cœur.
Comment pourrais je vous aimer ? Le désir me permettait de ne pas vous voir «  vraiment » Je me gavais de votre odeur et votre corps me suffisait. Mais je me suis vite rendue compte que votre plaisir ignorait les caresses. Qu’il était sans grâce. Vous vous éblouissiez de la raideur de votre sexe et de votre capacité à  maîtriser le temps  pour résister à la jouissance. Mais vous ignorez que pour une femme qui n’est pas vaginale ce genre d’exercice devient vite ennuyeux.
Peut-être pensez vous que moi aussi je suis un peu folle ? Je pouvais bien vous quitter sans vous envoyez la liste de mes reproches puisque je n’attends rien de vous. Peut-être ai-je envie de vous expliquer mon regret ? On a raté ce qu’on aurait du réussir. Et on a réussi ce qu’on aurait du rater. L’objet de ma lettre, je vais vous le dévoiler maintenant. Vous avez réussi à me mettre enceinte Arik et j’ai toujours espéré l’être un jour. Mais je ne sais plus quoi décider. Le garder ? Mais vous n’en serez jamais que le père biologique ? L’élever avec Phillipe ? Mais lui  qui ne veut pas d’enfant comment pourrait t’il élever l’enfant d’un autre ?  Ou devrais je avorter ? Ou bien choisir de le garder, l’élever toute seule et lui expliquer plus tard ? Tout cela me trouble. Mon ventre n’est plus un désert stérile dans lequel la vie se refuse. Et l’envie d’être mère me souffle : « garde le, aime le » Il sera libre de choisir son destin.
Arik comme tout cela est triste. Je vous en veux de n’être que celui à qui vous ressemblez tant . «  Reproduction interdite »  de  Magritte.. Vous n’êtes qu’un acteur dans un autre monde. Vous êtes un impuissant de la Joie, un érotomane du miroir. Le reflet d’une beauté qui ne fixe rien. Vous n’êtes que l’étoile filante du chagrin prisonnière de ses feux éteints.

La pluie mouille mes lèvres. J’aime sa fraîcheur. Les souvenirs d’enfance qu’elle ramène avec elle. Les feuilles qui se craquèlent, la rose qui s’ouvre, la goutte qui s’incruste, le papillon qui s’envole. Toutes les odeurs de la vie qui me saluent. Moi, petite fille des secrets et des rondes, qui ait choisi la récréation pour grandir.

Rédigé le novembre 12, 2005 à 02:03 PM dans roman | Lien permanent | Commentaires (6)

Hotel des Libellules VI

- " Vous allez partir? Vous m'abandonnez?"
"Je prends mon train pour rentrer à Paris ce soir."
- " Moi aussi, je prends celui de 19 h."
- " Vous voulez donc tout faire  comme moi ?"
-" Non, moi je ne sais pas être odieuse . Mais je pourrais vous apprendre à aimer."
- " Pour qui vous prenez vous? Votre philosophie c'est de la guimauve. Comment pourriez vous m'apprendre quelque chose? Vous ne savez rien."
-" Je sais que vous ne pouvez pas être un ours. Ni un chien. Il n'y a rien de soumis dans votre regard.Vous ne seriez pas un serpent non plus, trop classique pour vous. Je vais vous dire quel animal vous êtes?"
- " Vraiment?"
-" Oui, un caméléon. Quelqu'un qui change toutes les cinq minutes. Quelqu'un qui se glisse dans tous les interstices toujours à l'affût de lui même. Vous vous en foutez du plaisir des femmes! Il n'y a que vous qui vous intéresse. Vous vous croyez révolutionnaire? Mais vous n'êtes qu'un nombriliste qui ne sait même pas profiter de sa belle gueule! Vous auriez pu être un ange. Mais l'enfer çà vous excite davantage. Pour être un pornographe il vaut mieux côtoyer le diable."
-" Je..."
"Vous êtes interdit de parole. Vous avez bien déblatéré sur moi pendant une demi -heure et je vous ai écouté en silence. Pour essayer de vous comprendre. Parce que derrière toutes vos grimaces, vos crachats, vos hurlements, je sais bien que se cache une vérité. Oui vous vous comportez comme un imposteur de la Vérité. Vous inventez des mensonges comme je m'invente des bonheurs.
Nous cherchons tous les deux l'illusion. Vous voulez qu'on reconnaisse votre différence parce que vous êtes un  grand exhibisionniste des faux-semblants. Vous vous cachez derrière des masques. Vous êtes nu derrière votre désespoir. Et c'est trés troublant pour moi. Vous pensez que je ne suis qu'une romantique de pacotille? Vous vous trompez. Il y a en moi un vrai désir d'absolu, un besoin de générosité, de rêve. Ma faiblesse vous ne la connaissez pas et tant pis si je vous l'avoue: je n'aime que les hommes qui souffrent."
- Avec moi, vous tombez bien. Côté souffrance... Je peux vous embrasser là? J'aime jouer à l'amant sur le quai d'une gare! Regardez cette jeune femme qui se colle contre son mec pour cacher qu'il bande! Regardez leurs bouches qui se pompent! J'aimerais bien voir leurs langues. Ils ont soif, ils ont faim de leur jouissance et ce sont ceux qui les regardent qui deviennent indécents.
-" Steeve vous me faites chier. Embrassez moi maintenant."
Leur baiser fut un rut de salive: leurs langues claquaient contre leurs bouches, cherchant à dévorer leurs chairs. Isabelle aimait cette apnée, cette sensation de plongée dans les ondes du plaisir. C'était comme si le ciel l'aspirait, quand la violence de Steeve arrêtat cette dérive d'irréalité.
Il lui tirait les cheveux avec une violence de dément.
-" Vous êtes malade Steeve, vous êtes fou."
-" Non, je crois que je vous aime."
Il la prit contre lui et tout tourna autour d'elle. Elle aurait voulu rester là sur ce quai, à ne plus rien comprendre du monde. A l'aimer aussi, à être deux.
Le spectacle des autres lui était devenue indifférent. Des gens pressés la bousculaient, elle recevait des coins de valise sur ses chevilles. Elle vacillait de fatigue, d'énervement, d'euphorie. Quand tout à coup  il regarda sa montre.
" Dis il est 7heures moins 2.  On va pas rater notre train.! "
Et ils s'engouffrèrent ensemble dans la voiture la plus accessible. C'était la 8. Isabelle se dit un peu bêtement - plus tard je m'en souviendrais. La 8. J'aime ce numéro. Il deviendra mon nombre fétiche, celui de l'Amour et du Hasard. Elle en était là de ce marivaudage quand les portes se fermèrent   et que le train démarra. Dans un bruit crissant qui la fit se boucher les oreilles. Arik à côté d'elle, lui souriait.

Rédigé le octobre 22, 2005 à 10:20 PM dans roman | Lien permanent | Commentaires (2)

information

pour les lecteurs d'hotel des  Libellules j'informe que le chapitre 4 écrit par secret des dieux est disponible sur le site du même non chapitres regroupés sous le nom de diablogues 4. alors bonne lecture et faites activez vos neurones. a bientôt pour la suite.

Rédigé le octobre 19, 2005 à 09:44 PM dans roman | Lien permanent | Commentaires (0)

Hotel des Libellules IV

C’était la première fois qu’une femme l’embrassait. Maintenant qu’Isabelle avait regagné sa chambre toute la scéne lui revenait en mémoire dans un sentiment d’irréalité. Oui le baiser d’Anne l’avait dégoûtée. Elle avait serré  ses lévres pour ne pas le recevoir. Et elle s’était tournée vers Steeve avec  l’envie de lui dire » t’es qu’un sale petit con » mais elle avait préféré se taire pour mieux le mépriser du regard.
Elle avait regardé son sexe pendant et elle avait pensé : il n’y a rien de plus laid qu’un sexe qui ne bande pas. Mais bon, elle n’en était pas à son premier amant, elle avait joui, elle l’avait possédé- lui aussi sans doute- et c’était bien. Surement qu’ils ne se reverraient pas et que plus tard, elle penserait à cela avec cette sensation d’incertitude qui colore les souvenirs avec le temps. Tout çà était un jeu mais maintenant qu’elle avait pris sa douche- se sentir propre pour oublier plus vite- et maintenant qu’il était plus de minuit, qu’elle n’avait plus sommeil, elle se rendit compte d’une manière brutale, par une crampe très désagréable qu’elle avait faim. Une faim qui attend son festin et c’est avec colère qu’elle se rhabilla. Le seul endroit où elle pouvait encore manger  à cette heure là c’était au casino.
Elle redescendit l’escalier, traversa le bar  vide, imagina le fantôme de Steeve et poussa la porte de l’hôtel. Dehors elle ressentit le froid comme une gifle. Elle marcha dans la nuit avec inquiétude comme si l’écho de son pas lui faisait peur. Enfin elle se retrouva devant l’entrée des Océan Folies, se dirigea  nerveusement vers le vestiaire se débarrasser de son manteau et entra d’un pas décidé au bar des machines à sous puisque à cette heure là le restaurant était fermé. On lui servit ce qu’il restait encore : une salade océane, un verre de Bordeaux, un pain en caoutchouc.  Ni heureuse ni rassasiée, elle se dit que la frustration étant la première motivation d’une joueuse , elle retourna aux machines à sous.


Matin du dimanche. Isabelle s’étirait encore une fois avec l’espoir de sortir de son lit, mais la fatigue de cette nuit trop courte lui plombait les muscles, anesthésiait son cerveau, et laissait poindre le début d’une tristesse indigeste. De ses ébats  avec Steeve et avec la présence de cette femme qu’il avait interposé entre eux, elle gardait un sentiment de honte.
Le plaisir achevé, le désir absent, le silence de cette chambre qu’elle trouva it maintenant hostile, tout çà lui donnait la nausée. La nécessité du  réel la ramenait vers Phillipe et Paris. Deux initiales qui s’enchevêtraient dans le quotidien d’une banalité sans inconnu.
Elle se leva brusquement du lit- il fallait en finir avec cette paresse- tira les rideaux,  ouvrit les fenêtres  , respira l’air iodé, découvrit  un ciel gris, se montra boudeuse à l’idée de cette journée qui lui restait à passer ici, même si elle connaissait assez bien la ville pour y avoir ses repères. Elle prendrait un petit déjeuner tardif au café des Voyelles, puis se promènerait au marché. Elle aimait ici le contraste entre les étalages, des poissons à l’œil ouvert  qui dormaient prés des bacs de fleurs. Puis elle prendrait la rue de La Paix qui l’amenait au PMU
Petit sourire au Hasard, goût de la spéculation et des chiffres, tendresse pour tous ces hommes et femmes qui cherchaient la même chose : un peu de rêve, le rire de l’amitié, le vin du midi, l’argent qui tombe du ciel et peut-être tout à l’heure au moment de la course, le bruit des galops dans la rumeur du vent.
Après ce sera un « farniente » frileux sur les transats de « Parfum de Plage », le seul restaurant qui sortait ses chaises longues en début d’automne, quand le soleil voulait bien venir caresser encore une fois les pâles hâles qui restaient de l’été.
A imaginer  tout cela, elle sentait revenir sur ses lèvres le goût de la liberté.
Elle allait prendre le large, comme elle prenait le vent, entre violence et légèreté, prête à l’ivresse, prête au bonheur, prête à effacer de son sang toute la dérision du monde.

Rédigé le octobre 18, 2005 à 10:26 PM dans roman | Lien permanent | Commentaires (3)

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