Tous les jours, avec un même plaisir, je le tire de mon sac, je le réchauffe dans la paume de mes mains, je le regarde vieillir, avec toutes ses rayures qui sont comme mes rides, avec son mécanisme qui se dérègle qui fait qu'il n'est plus complétement hermétique, avec ses faiblesses à m'allumer au premier déclic, et je me dis que cet objet là je l'aime parce qu'il est à mon image, faible mais fidéle, vieilli mais résistant, usé mais heureux. Stupidité en apparence, de dire qu'un objet est heureux, mais je n'oublierais jamais ce vers de Lamartine
" Objets inanimés, avez vous donc une âme qui s'attache à notre âme" ?
Oui, mes objets je les aime. Je les regarde, je les caresse, je les réchauffe, j'écris sur eux puisque ce serait que passer pour folle de leur parler.
Et sur mon bureau, s'accumulent les stylos sans valeur, les paires de ciseaux rouillés, les gommes écornées, les livre jaunis, les photos sans âge, le dictionnaire à la couverture décartonnée. Oui ici c'est le bordel, mais c'est ainsi que je veux vivre, car c'est dans le désordre que ma créativité s'exprime, que ma poésie prend corps. C'est dans le désordre que je trouve la langueur des voluptés à venir. L'ordre me glace. Il ne laisse place qu'au temps figé, aux routines, à la logique, aux répétitions.
Mais reparlons de toi, mon objet fétiche. L'aviez vous deviné? C'est mon briquet. Un Davidhoff acier, qui prend bien la main, assez lourd pour qu'on ait pas envie de le balancer un jour comme un de ces vulgaires Bic jetables.
Mon briquet, il n'est plus très jeune homme. Je dirais qu'il a quelques cheveux gris, depuis tant d'années que je le transporte avec moi, et c'est un miracle que je ne l'ai pas encore perdu, comme tous ces gants et ces parapluies que j'ai semé dans Paris.
Mon briquet fait un bruit de clic et non de clac, j'aime écouter ce bruit, je m'en caresse l'oreille même sans fumer. Ce clic, un bruit ami qui m'accompagne. Un bruit joyeux, paresseux, vivant.
Oh mon briquet combien je t'aime.
Pourtant un côté du parc est presque désert. L'herbe y est fraîche mais l'odeur âpre des 

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