Ecrire comme elle ne l'avait jamais fait. Lea voulait d'autres mots, d'autres émotions, d'autres objets pour exprimer sa ferveur nouvelle. Alors elle jeta tous ses stylos à bille, ses crayons, ses feutres couleurs et elle prit le stylo à plume de son enfance, le trempa dans son encrier. Elle imagina que l'encre était encre marine et aussitôt des méduses envahirent la page.
Alors elle comprit que l'encre était une encre magique et elle voulut connaître les fleurs mauves de son Imaginaire.
Ce fut une hymne de couleurs éclatantes, de mots enchevêtrés, un souffle de tous les élèments. L'eau, l'air, le feu se mélangeaient. Les cascades chantaient, les volcans fleurissaient.Les oiseaux avaient quitté les nues et se promenaient dans les rues. Le ciel et la terre se touchaient.
Au contact de cette encre magique, Lea oubliait le sens des mots et leur syntaxe. Elle ne laissait monter en elle que la saveur enivrante des petites fleurs venues de l'âme. Fleurs du silence. Fleurs de la nuit. Fleurs de la vie.
Dommage, les fleurs du Mal c'était déjà pris!
Alors elle eut envie de pleurer. Elle ne pouvait pas tout inventer, car elle avait déjà un passé et la mémoire qui l'enfermait dans son écrin tragique.
Car le passé ne change pas et tout ce qu'on imagine dépend de ce qu'on a vécu.
Odeurs, goûts, chairs, éclats, caresses, interdits. Tout ce que l'on croit imaginer on le sait déjà.
Elle se disait"Ton style tu le portes en toi. C'est ta couleur. Celle qui entre toutes t'attirera. "
Elle, aimait le rouge. Le sang. Pas le sang de la mort, mais le sang de la vie. Le sang des règles, le sang sur le corps du nouveau né.
Rouge, elle voyait rouge les feux verts et se faisait écraser. Mais elle n'en avait que faire. Elle traversait les rues comme s'ils étaient des champs. Elle avait décidé de vivre sans bannière de sécurité.
Alors, il lui fallait tout faire sauter. La corde, les hommes, la poule, les oeufs. Sauf les fleurs. Ah voilà bien qui la gênait. Comment faire sauter les fleurs?
Et les idées se bousculaient sur ses mots enivrés. Ils voulaient tout ouvrir, tout offrir.
Elle écrivit ainsi des jours et des nuits.
Puis l'encre magique s'arrêta. Ce ne fut plus que l'encre de ses larmes.
Alors elle jeta le stylo à plume et l'encrier vide.
Il était temps de retrouver François, ses bras envellopants qui la protégeaient de sa folie, et d'accepter ce qu'il demandait sans cesse: Etre pleine de leur amour, créer à deux l'Histoire de leur vie.
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