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Christopher à Coeur de Pierre

CHristopher à Coeur de Pierre. Duc d'Antan cherchant Duc de Rêve. Ariane des Forêts suivie d'Ariane des Enclos- tous ces noms, héros furtifs d'un instant_ résonnaient dans sa mémoire comme des souvenirs joyeux qu'elle ne pouvait partager avec personne. De ces noms chantants, dansants, mystérieux elle s'était constituée son Trésor. Face aux dédales du hasard, elle opposait une sagacité hargneuse pour que celui ci se transforma en cette chose palpable qui la faisait frissonner, - cette chose qu'elle aimait caquer entre ses doigts: un billet de 500 francs. Volupté de cet argent sans servitude, léger comme une bulle, que la grâce du jeu avait fait tomber du pas cadencé de ce cheval victorieux vers son portefeuille de cuir rouge.
Les chevaux, elle les sentait à leur nom, plongeait dans leur murmure comme dans une chevelure, se grisait de langueur quand elle avait couplé pour la victoire Bonheur du val et Baladin joli. 
Enfin se disait elle une poésie qui rapporte, une poésie faite de plaisir et d'argent, de déraison et de dérision, de solitude et de plénitude. Depuis le jour où elle avait commis ses premiéres estocades à la chance avec Diamant d'Amour jusqu'à son dixiéme anniversaire de joueuse"accro" qu'elle avait fêté avec Diamant d'Harmonie, il y avait eu tant de souvenirs, d'émotions, d'illusions, d'ivresse, d'incertitude que la vie ne lui paraissait plus du tout fade.
Fini l'ennui insurmontable, le quotidien répétitif, frissonnant d'une odeur de renfermé où la vie ne peut vous surprendre.
Elle s'imaginait parfois dans la vie d'Elise ou d'Anne exilées dans leur travail, épuisées dans leur rôle de mère, assoupies dans leurs habitudes conjuguales.
C'était comme si elles vivaient un jour immobile, sans saveur et sans désespoir. Un jour immobile où les années se succédent et où les mots se réduisent à une réalité brute qui ne disent plus rien sur la beauté ou la tristesse du regard, là où se lit le Rêve.
Et les années passent sans fiction.
Elle n'est ni Elise ni Anne mais se blesse tous les jours au silence des non-dits.
Elle va chez son psychanaliste pour refaire le monde, lui donner une couleur, une musique, une liberté. Elle s'égratigne sur la révolte, la colére, l'absence de ceux qui sont partis.
Elle est triste et lointaine mais soudain lui revient un sourire. Elle a gagné au jeu.
Trés peu d'argent mais beaucoup de plaisir. Ce plaisir de ne rien devoir à personne, ce plaisir d'imaginer le galop des chevaux dans la brume.
Elle a gagné au jeu le droit de perdre effleurant ses nerfs d'une frustration d'enfant gâtée. Vite oubliée. Demain il y aura Beau Jamlaicain en piste. elle entend déjà la musique d'un tambour et le cri des hommes en transe et le souffle de la mer qui bat contre son coeur. Elle est entre la danse et le silence. Elle s'apaise. Elle a retrouvé le plaisir de rêver. Elle ne sera plus jamais adulte, conforme, morale. Elle sera pure comme l'Artiste qui crée sa volupté d'un nom inconnu sur un peu de Hasard.

Rédigé le octobre 09, 2005 à 03:46 PM dans Chevaux | Lien permanent | Commentaires (1)

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